Pour reprendre l'écrivain Phil Marso: "Les médias d'hier qui s'offusquaient contre ces nouveaux programmes font maintenant leur recette dessus."
Pourquoi je suis contre ?
Bien entendu, la plus pertinente de mes réponses est celle de l'abrutissement généralisé. Le snobisme ou l'ignorance l'alimentent. Nos jeunes semblent dépourvus de sensibilité, d'esprit critique ou encore "oublient" de réfléchir face à cela. Point de repères, ils s'échouent trop souvent sur les bancs de l'indifférence et de la bêtise".
"Prétendre que ces émissions conduisent à l'abrutissement de ceux qui les regardent est leur conférer trop d'importance", tempère le psychothérapeute Gérard Tchédry, interviewé par le webzine genevois J:mag. La télé-réalité ne rend pas débile mais le psy reconnaît qu'il faut être vigilant dans le cas de l'adolescent parce qu'"il n'a pas la maturité suffisante pour pondérer et analyser ce qu'il voit".
Que faut-il voir dans ces émissions ? l'attrait du pouvoir, la possibilité d'éliminer un candidat qui ne leur plaît pas (tant éliminé par ses condisciples que par le jury ou le public !!), l'impression d'être décisif, un sentiment qui a quitté les électeurs et les a détournés des scrutins traditionnels. De là à ce que la prochaine présidentielle se joue par SMS et que Nikos Aliagas nous lance : "Pour éliminer Untel, tapez 1"...
La télé-réalité, c'est le totalitarisme. C'est le libéralisme qui, débarrassé du bloc soviétique, s'amuse avec ses fantômes, se donne du Big Brother, "instaure une fiction idéologique en lieu et place du monde réel et la présente comme le monde réel". Pour se faire peur ou pour s'assurer un semblant de contre-pouvoir utile à son assise ?
Sans aller jusque-là, Stéphane Grulet, membre de l'association des Francas, qui intervient dans le milieu de l'enfance, met ses points sur les "i" : la télé-réalité, ce n'est pas la réalité, ce n'est pas de la fiction et ce n'est pas la vie. Scénarisées et structurées, ces émissions troublent la frontière entre le fictif et le réel. Mais le sémiologue François Jost pointe un danger plus grave : "Non seulement le public va tirer son plaisir du malheur de ceux qu'il regarde, ce qui est bien la définition du sadisme, mais il va y ajouter le plaisir d'exclure".
Sadisme, le mot est lâché. Les candidats de la télé-réalité deviennent les jouets (volontaires, rappelons-le tout de même) de producteurs et de téléspectateurs aux pulsions pas franchement saines.